Non, la fatigue maternelle n’est pas « normale » (et il est temps qu’on arrête de te faire croire ça)
Tu es effondrée sur le canapé. Ton bébé vient enfin de s’endormir après 45 minutes de bercements. Tu as l’impression d’avoir couru un marathon alors que tu n’as fait que survivre à une matinée. Tu te confies à une amie, à ta mère, à ta belle-sœur : « Je suis tellement épuisée, je n’en peux plus. »
Et là, tu l’entends. Cette phrase. Encore.
« C’est normal, tu es maman. »
Voilà. Discussion close. Ton épuisement vient d’être classé dans la case « fatalité maternelle ». Comme si être mère signifiait automatiquement renoncer à l’énergie, au sommeil, à une vie où tu ne te sens pas constamment au bord de l’implosion.
Alors aujourd’hui, je vais te dire un truc qui va peut-être te secouer un peu — ou te soulager énormément : non, la fatigue maternelle chronique n’est pas normale. Et on doit arrêter de te faire croire que si.
« Normal » ne veut pas dire « acceptable »
Attends. Avant que tu te dises « mais Sabine, toutes les mamans sont fatiguées », laisse-moi préciser une chose essentielle.
Oui, avoir un bébé, ça fatigue. Les nuits hachées, les réveils multiples, l’allaitement à 3h du matin, porter 8 kilos de bébé toute la journée — tout ça, évidemment, ça épuise. Je ne dis pas que la fatigue physique après l’accouchement n’existe pas.
Ce que je dis, c’est qu’il y a une différence énorme entre :
- La fatigue ponctuelle (tu as passé une mauvaise nuit, tu es crevée aujourd’hui)
- L’épuisement chronique (tu es épuisée depuis des semaines, voire des mois, tu n’as plus d’énergie pour rien, même quand le bébé dort)
Et cette deuxième catégorie ? Elle n’a rien de normal. Rien de soutenable. Rien d’acceptable.
Si 80 % des mamans souffrent de mal de dos parce qu’elles portent leur bébé n’importe comment, est-ce que ça rend le mal de dos « normal » ? Non. Ça veut juste dire qu’il y a un problème dans la façon dont on accompagne les mères.

Fréquent ne veut pas dire sain.
Quand on normalise la fatigue maternelle extrême, on te fait croire que c’est TOI qui dois t’adapter. Que c’est toi qui n’es pas assez forte, pas assez organisée, pas assez… quelque chose. Alors que non. Le problème n’est pas toi. Le problème, c’est qu’on t’a mise dans une situation intenable et qu’on te demande de tenir quand même.
Ce qu’on normalise, c’est un système cassé (pas ton incapacité)
Tu veux que je te dise ce qu’on normalise vraiment quand on te dit que « c’est normal d’être épuisée » ?
On normalise :
- Que tu portes toute la charge mentale de la maison et de l’enfant, même si tu as un partenaire
- Que tu gères seule les réveils nocturnes, parce que « lui travaille demain »
- Que tu n’aies aucun moment pour recharger tes batteries
- Que tu sois isolée, sans réseau de soutien, sans aide concrète
- Que tu compenses pour tout le monde — sauf pour toi
On normalise le fait que tu vives en mode survie permanent, avec l’eau au niveau du nez. Tu respires encore, mais dès qu’une petite vague passe (bébé malade, réunion qui déborde, machine à laver qui lâche), tu coules.
Et quand tu dis que tu n’en peux plus, on te répond : « Ah mais c’est comme ça, être maman. »
Non.
Ce n’est pas « comme ça ». C’est comme ça parce qu’on t’a laissée toute seule dans un système qui ne te soutient pas.

Je vais te dire quelque chose que j’aurais aimé entendre il y a quelques années, quand j’étais moi-même au fond du trou : ce n’est pas toi qui es faible. C’est le système qui est défaillant.
Tu n’es pas en train d’échouer. Tu es en train de porter un poids que personne ne devrait porter seule. Et quand on te dit que c’est « normal », en fait, on te dit : « Toi, tu dois t’adapter. Pas nous. »
Ça ne devrait pas être à toi de compenser pour un manque de soutien, une répartition injuste des tâches, une société qui valorise la performance au détriment du bien-être. Mais tant qu’on continuera à dire que la fatigue maternelle est « normale », rien ne changera.
Les vraies conséquences de cette normalisation toxique
Alors, qu’est-ce qui se passe quand on te fait croire que ton épuisement est « normal » ?
Tu ne demandes pas d’aide.
Puisque c’est « comme ça », tu te dis que tu dois juste serrer les dents et tenir. Demander de l’aide, ce serait admettre que tu n’y arrives pas. Et si toutes les autres y arrivent, c’est que le problème vient de toi, non ?
Spoiler : les autres n’y arrivent pas non plus. Elles font juste semblant.
Tu culpabilises de ne pas tenir le coup.
Tu te compares aux autres mamans (celles que tu vois sur Instagram avec leur maison rangée, leur bébé qui sourit, leur brushing nickel). Et tu te dis : « Pourquoi moi je n’y arrive pas ? » Tu ne vois pas les coulisses. Les crises. Les nuits blanches. L’épuisement qu’elles cachent aussi.
Tu repousses tes limites jusqu’à l’épuisement complet.
Tu as l’impression que si tu lâches, tout va s’effondrer. Alors tu continues. Tu continues. Tu continues. Jusqu’au jour où tu ne peux plus. Jusqu’à la crise d’angoisse. Jusqu’au mom rage. Jusqu’au moment où ton corps dit « stop » et où tu t’écroules.
Et là encore, on te dira : « C’est normal, tu en as trop fait. » Comme si le problème, c’était toi. Comme si tu avais le choix.

Ton couple en prend un coup.
Parce que quand tu es épuisée en permanence, tu n’as plus d’énergie pour la connexion, pour la complicité, pour le désir. Et ton partenaire ne comprend pas toujours pourquoi tu es à bout. Parce que lui aussi, on lui a dit que « c’est normal ».
Ta relation avec ton bébé en souffre.
Parce que quand tu es en mode survie, tu ne profites pas. Tu gères. Tu enchaînes. Tu fais tourner la machine. Mais tu ne savoures pas. Et ça, ça te brise le cœur. Parce que tu aimes ton enfant. Mais tu es trop épuisée pour en profiter.
Tu vois où je veux en venir ? Cette normalisation de l’épuisement maternel, elle ne protège personne. Elle fait juste en sorte que tu continues à porter un poids intenable sans broncher.
Ce qui devrait être normal (mais ne l’est pas)
Maintenant, inversons un peu la perspective.
Tu sais ce qui devrait être normal — mais qui ne l’est pas ?
Avoir de l’énergie.
Pas juste survivre. Avoir assez d’énergie pour profiter de ton bébé, pour rire, pour faire autre chose que tenir.
Dormir suffisamment.
Oui, les premières semaines sont compliquées. Mais à 6 mois, 1 an, 2 ans ? Si tu es encore épuisée, ce n’est pas « normal ». C’est un signal d’alarme.
Avoir du temps pour toi.
Sans culpabilité. Sans avoir l’impression de « voler » ce temps à ta famille. Prendre soin de toi, ce n’est pas de l’égoïsme. C’est un besoin fondamental. Comme manger. Comme dormir. Comme aller aux toilettes (et là, bizarrement, tu ne demandes pas la permission, tu y vas).

Demander et recevoir de l’aide.
Sans avoir à justifier, à supplier, à négocier. De l’aide concrète. Pas des conseils, pas des « tu devrais ». De l’aide qui soulage vraiment.
Ne pas porter toute la charge mentale seule.
Parce que gérer les rendez-vous, les menus, les lessives, les vaccins, les cadeaux d’anniversaire, les habits de la saison prochaine, les inscriptions à la crèche… tout ça, ça pèse. Et ça ne devrait pas reposer uniquement sur tes épaules.
Avoir une marge.
Tu te souviens de cette image que j’utilise souvent ? Imagine que tu gères ton énergie comme de l’argent. Si tu dépenses tout, tout le temps, dès que tu en as, tu n’as jamais d’économies. Et la moindre dépense imprévue te met dans le rouge. Eh bien, l’énergie, c’est pareil. Le but, ce n’est pas d’être pile à l’équilibre. C’est d’être un peu à l’aise. D’avoir une réserve. Pour pouvoir encaisser les imprévus sans couler.
Et ça, ce n’est pas de l’égoïsme. C’est de la survie intelligente.
Quand tu te donnes ces moments, quand tu recharges tes batteries, tu ne les prends pas à ta famille. Tu les leur donnes. Parce que tu reviens plus disponible, plus sereine, plus présente.
Ce n’est pas toi OU eux. C’est toi POUR eux.
Alors, on fait quoi maintenant ?
Je ne vais pas te mentir. On ne va pas renverser tout le système en un claquement de doigts. Mais toi, là, maintenant, tu peux commencer à changer des choses.
Première étape : arrête de dire que « c’est normal ».
La prochaine fois que quelqu’un te balance cette phrase, tu peux répondre : « Non. Fréquent, peut-être. Mais pas normal. Et surtout pas acceptable. »
Tu as le droit de dire que tu es épuisée. Tu as le droit de demander de l’aide. Tu as le droit de refuser de continuer à compenser pour tout le monde.
Deuxième étape : observe ce qui te coûte vraiment.
Prends une journée. Juste une. Et observe. Qu’est-ce qui te vide ? Qu’est-ce qui te pèse ? Qu’est-ce que tu fais par habitude, sans même te demander si c’est nécessaire ?
Parfois, on porte des choses qui ne sont même pas dans notre cercle de contrôle. On compense pour les autres. On fait à la place de. On anticipe les besoins de tout le monde… sauf les nôtres.

Troisième étape : identifie UN truc que tu peux lâcher.
Je ne te dis pas de tout chambouler d’un coup. Mais UN truc. Une tâche. Une responsabilité. Un « il faut que ». Un truc que tu fais parce que « c’est comme ça » mais qui, en vrai, pourrait être fait autrement. Ou pas fait du tout. Ou fait par quelqu’un d’autre.
Quatrième étape : réserve-toi 15 points d’énergie par jour. Non négociables.
Si ta journée, c’est un budget de 100 points d’énergie, 15 points sont pour toi. Pas pour les enfants. Pas pour le ménage. Pas pour ton conjoint. Pour toi.
Ça peut être 15 minutes de respiration le matin. Une marche seule. Un café bu en silence. Peu importe. Mais c’est non négociable.
Parce que si tu ne te donnes pas ce minimum, tu vas finir par exploser. Et là, ce ne sera pas 15 points que tu perdras. Ce sera tout.
Tu mérites mieux que de « juste tenir »
Je sais que tu aimes ton bébé. Je sais que tu fais de ton mieux. Je sais que tu te bats tous les jours pour que tout tienne debout.
Mais tu n’es pas faite pour vivre en mode survie.
Tu es faite pour être vivante. Pour rire. Pour profiter. Pour avoir de l’énergie. Pour te sentir bien dans ta peau de mère, de femme, de personne.
Et si aujourd’hui tu es épuisée, ce n’est pas parce que tu es faible. Ce n’est pas parce que tu n’es pas à la hauteur. C’est parce qu’on t’a fait croire que c’était normal de porter un poids qui ne devrait pas être porté seule.
Mais maintenant, tu le sais. Et savoir, c’est déjà un début.
Alors, la prochaine fois qu’on te dira que c’est « normal » d’être épuisée, tu pourras répondre : « Non. Et je ne l’accepte plus. »
Et toi, qu’est-ce qu’on t’a déjà dit qui était « normal » mais qui ne devrait pas l’être ? Dis-le-moi en commentaire. Ça fait du bien de le poser.
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